Hôpital Nord à Marseille

Hôpital Nord à Marseille

L’hôpital nord….Sur les hauteurs de Marseille…Fier et redouté parfois…Parce que vous êtes dans le nord de la ville, des quartiers pas fréquentables….
Mon envers du décor ? les odeurs de camphre, les blouses blanches, des labyrinthes aux portes closes, des personnes en fauteuil, traînant des perf ou couvertes de pansements.
Banal comme intro, un hôpital Lambda pensez-vous?….Non, c’est autre chose, un passage décalé, un climat en dehors de notre temps, une trêve étrange .

L’hôpital Nord, où les distributeurs deviennent des restos 5 étoiles, où les enfants bien qu’interdits prennent les couloirs pour une cour de récré.
Une ruche en action, une ville dans la ville qui s’étend à perte de collines.
Chacun fait de son mieux mais ce n’est pas encore assez.
En dehors des blessés, des malades, on vient aussi parfois chercher à susciter de l’intérêt.

Sommes-nous si seuls ? Si démunis ?
A nouveau siècle, nouveau maux !

Dans le midi, les patients se parlent et sympathisent facilement. L’hôpital devient un lieu de rencontres, le patio des lamentations, de la convivialité .
On échange un téléphone, le mail, des recettes de cuisine, nos états d’âme.
Peut-être un des seuls endroits où l’on fait semblant de s’intéresser à la douleur de l’autre.
Un parfum de compassion flotte dans les halls. On renseigne, on guide, on indique.
On en arrive à s’attendrir devant ce jeune gars menotté, escorté de quelques policiers, qui entre en victime, le visage en sang, après avoir lui même battu, torturé et volé un commerçant.
Et puis l’hôpital est par excellence le médicament pour le réconfort. On trouve toujours pire que soi. T’as un bébé d’1kg? Y’en a qui pèsent 4 à 500 grammes. Tu t’es cassé une jambe? Ne te plains pas, on vient d’amputer le voisin d’à côté.
Le personnel use et abuse de ces arguments. Ils ont raison, c’est l’infusion « réconfort » !
Quelle solidarité !, j’te passe mon gel douche, tiens prends quelques gâteaux, c’est maman qui les fait.
Ici pas de mode, ni de paraître, on n’est pas en clinique privée où la douleur se masque sous les pyjamas « griffés ». Où même, à l’approche de la mort, on est frais et dispo comme un communiant. Où on meurt comme on a vécu, dans la vitrine de la vie.

Mon hôpital est tout en décontraction, sans pudeur, il affiche la souffrance haut et fort.
C’est un hôpital de vie, ça parle en criant, ça pleure, ça rit, mais bon sang, qu’est-ce que ça vit !
Ce n’est pas là qu’on veut prendre la dernière destination, et c’est tant mieux !
Quand malheureusement ça arrive, les familles quelques fois, expriment leur douleur en menaçant. Elles peuvent aller jusqu’à casser quelques flacons, bousculer le personnel, vider les armoires.
Ce n’est pas normal, je le sais. Dans ces murs, pas de « langue de bois », de « bien pensants » ou du « politiquement correct ».
Entre ces murs, on s’imagine immortel, à l’abri d’un coup du sort. Le raisonnement est basique: on rentre malade, on doit sortir guéri, les autres alternatives sont bannies.

La vie a besoin de sentir le mouvement et l’étincelle pour prendre ses quartiers. Alors même si le lieu n’est pas spécialement propice au repos, il stimule, fait monter l’énergie, nous donne envie d’y croire, nous force au combat.
Une mamie sans âge, couchée sur un brancard, dit à l’infirmier:
— Je suis une habituée, je viens tous les mois. Vous trouvez toujours le moyen de me « réparer ».
A mon avis, elle est seule, et là, elle prend son shoot de vie.

Mon hôpital à moi est celui des fauchés, des paumés, des sans amis, des familles modestes. Celui qui donne et réconforte. Celui qui renouvelle la carte du droit de vivre.
Alors quand j’entends dire :
— Ça craint là bas!… Ils ont des drôles de têtes!… Faut pas avoir d’argent dans le sac…
Je réponds que les agresseurs, les voleurs, les malfrats, s’ils doivent agir ne viendront certainement pas ici.  C’est chez vous qu’ils iront voir. Ici, ils viennent partager une cigarette, parfois proposer de payer un café s’il est tard et que vous êtes triste dans un coin d’une salle d’attente.
Je ne dis pas non plus que tout est « rose bonbon ». Il y a des insultes qui fusent, quand on est mécontent. On le fait savoir avec du « verbe gras », des gestes obscènes, mais comme tout le monde se mêle de tout le monde, ça ne va jamais très loin.

Une vue imprenable sur la mer, une chambre s’ouvrant sur un super balcon où les invités peuvent aller fumer leur clope. L’aile des mamans, offre des espaces spacieux et clairs, dignes des meilleurs hôtels.
Accoucher dans de telles conditions, ajoute du plaisir au plaisir.
J’aime mes quartiers nord même si je rouspète quand quelque chose ne me plaît pas.

Je voulais simplement partager un instant, un ressenti, mes images, des anecdotes.

V.M